ISSAM HALOUI : Oser le stoïcisme au temps du Coronavirus

فيلوكلوب أبريل 04, 2020 أبريل 04, 2020
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نبذة عن المقال: ISSAM HALOUI Oser le stoïcisme au temps du Coronavirus
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Abstract : Oser se libérer des passions malencontreuses, rendre ses désirs, sa volonté et son âme  conformes à la raison ; faire preuve d’humanisme et être prêt à toute éventualité, tels sont les ‘’préceptes’’ que nous lèguent les stoïciens pour éprouver la fleur du bonheur et mener une vie ataraxique.

Être heureux, la belle affaire ! Tout le monde le désire, le  bonheur. Aujourd’hui encore plus qu’hier, en ces temps d’adversité  où l’humeur se fait grisâtre, les passions se déchainent et l’angoisse monte de plus en plus, Il est d’une grande urgence, d’une très grande  utilité, morale et intellectuelle, d’apaiser nos âmes ébranlées et malmenées. ‘’ Apaiser nos âmes ‘’, voilà un gros mot qu’il faut décortiquer et passer au crible à la lumière des penseurs antiques. Pour ce faire, je vous convie à découvrir ou à revisiter les réflexions des stoïciens qui ont disséqué avec  un géni inégalable les intermittences du cœur et les grandes questions qui ont taraudé l’esprit de l’humanité. 
Guérir les « maladies de l’âme », tel est l’enjeu de la philosophie antique. Se libérer des passions, ainsi parlait Cicéron, grand adepte de la philosophie stoïcienne et  fin connaisseur des écueils de la vie, lui qui a perdu sa fille tant aimée, Tullia et écarté de la sphère politique après la prise du pouvoir de César. La philosophie est donc  son dernier recours.  La tonalité stoïcienne de ses textes, notamment Les Tusculanes[1], est claire : le bonheur  ne peut échoir, en aucun cas, qu’un homme qui s’est libéré des passions. Le bien suprême, est de pouvoir faire de son âme « une forteresse » imprenable, car toute entière installée dans la vertu. Cette dernière implique deux qualités : D’une part, la constance devant l’adversité qui suppose la prévoyance. Autrement dit, l’homme doit faire preuve d’anticipation et de prudence de tous les  maux possibles, de manière  à ne pas être surpris par eux.  D’autre part, la  suppression radicale des passions.
Inspiré des stoïciens, Cicéron parle de deux « sources des passions » que  sont la joie démesurée qu’on ambitionne à l’apparition supposée d’un bien, et le sentiment du chagrin et de la peur qu’on éprouve à l’idée d’un mal potentiel.
On reconnait aussi à  Cicéron, d’avoir fait de la raison, et là il rejoint la pensée des Lumières au XVIII siècle, le bien le plus précieux de l’homo sapiens,  faute de quoi l’homme ne peut éprouver la fleur du bonheur.
Cicéron fait donc de la passion la source de nos maux. Celle-ci  s’insinue en nous  comme jugement, et ce, grâce à notre assentiment. Seule la raison est capable d’évincer ces mouvements irrationnels qui accèdent à notre âme et ne sauraient entraîner que le malheur et les mauvaises actions.
Dans la même lignée, Sénèque adhère à ce que professe Cicéron, en cela qu’il lie le  bonheur à la vertu et donne à la raison ses lettres de noblesse. Son ouvrage La vie heureuse est bel et bien un hymne à la joie qui naît de l’harmonie de l’âme, ce qu’il appelle la ‘’concordia animi’’, c’est-à-dire  l’âme en paix avec elle-même. Le bonheur est subordonné à la raison, qui doit chasser et éradiquer  les passions, ces « mouvements éphémères du corps »
Sénèque nous donne de précieux conseils pour savoir saisir au vif le bonheur et le rendre à portée de mains. Des conseils qui trouvent des échos dans notre quotidien, notamment cette période de confinement qui est une aubaine pour  savoir se détacher de ces biens  superflus  et de pouvoir revenir à soi et se regarder dans le miroir. Pour délecter et intensifier notre sentiment du bonheur, il va falloir faire preuve d’humanisme, d’affabilité et se soucier de ses  semblables. Ces qualités philanthropiques, constituent le centre névralgique de la pensée stoïcienne. Sauf que, et pour ne pas tomber dans une pensée austère et acétique qui verse dans l’autoflagélation, le souci de l’autre doit passer impérativement par le  souci de soi, au sens le plus noble du terme, car on ne pas aider l’autre si on n’a pas la capacité de se soucier et prendre soin de soi, sorte de débordement et de dépassement de soi, appellerai-je volontiers . En témoigne Les Lettres à Lucilius[2], longue correspondance écrite par Sénèque, visant à aider son jeune ami aspirant au bonheur des stoïciens, après être passé par l’épicurisme.
Presque les mêmes idées sont partagées par l’empereur romain Marc Aurèle, un des illustres représentants de la philosophie stoïcienne. Il rappelle que le bonheur n’est pas tributaire des biens extérieurs. La peine et la douleur qu’elles provoquent nous suivent aussi loin qu’on fasse retraite, le seul issu pour les esquiver est de rentrer en soi-même, « faire de soi une citadelle imprenable » disait Marc Aurèle. C’est ainsi qu’il il faut juguler ses jugements  aussi bien que ses désirs et les soumettre à la raison. Pour être heureux, il faut non seulement chasser toute illusion, agir avec générosité, justice et justesse, mais aussi il faut anticiper les malheurs qui peuvent nous surprendre et tomber sur nous comme un couperet : « dès l’aurore, atteste Marc Aurèle, dis-toi : « je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un associable… »[3] . Finalement, force est de se rappeler tous les défunts, ceux qu’on a inhumés, et imaginer sa propre fin, choses qui devraient pousser à donner le meilleur de soi-même.
Bref, après cette villégiature dans la pensée stoïcienne, actualisée par les moments durs que nous traversons, j’aimerais bien boucler la boucle par une phrase de Diogène le cynique. Ce dernier n’a-t-il pas dit que  le malheur vient de l’absence de discipline ? Soyons donc disciplinés, respectons les mesures prophylactiques et ayons l’esprit de l’anticipation comme disait Diogène : 
« je suis prêt à toute éventualité »[4]
ISSAM HALOUI



[1] Cicéron, Tusculanes (Ive TUSCULANE), Traduction Chantal, Labre, édition ARLEA, 1996.
[2]Sénèque, Lettres à Lucilius (IV) TRADUCTIONS ORIGINALES.
[3] Marc Aurèle, pensées pour moi-même (III,5), Traduction (modifiée) Jules Barthélemy Saint-Hilaire, 1876.
[4] Diogène Laërte, Vies et Doctrines des philosophes illustres, In les cyniques grecs : Frayements et témoignages, Traduction Léonce Paquet. Librairie générale française, 1992 ;


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